Espace détente

Régie

La journée d’un assistant régie (Runner)

6h (qu’on appelle aussi grasse mat’) : votre réveil sonne, vous l’éteignez.
6h05 : le 2ème réveil sonne. Heureusement. Vous vous étiez rendormis.
6h35 : vous êtes prêts à partir après avoir avalé un café, une biscotte et pris une douche flash éclair. Vous laissez un petit mot doux à votre bien aimée qui dit : “c’est une petite journée aujourd’hui je devrais pas rentrer trop tard” suivi de petites attentions mielleuses pour vous faire pardonner d’être rentré à minuit hier.
6h37 : vous cherchez votre voiture de location dans la rue en appuyant frénétiquement sur la clé (après une semaine de prépa et 3 jours de tournage vous avez déjà changé 6 fois de voiture)
6h39 : vous mettez le contact et vous remarquez que vous êtes en réserve. Vous vous maudissez de ne pas avoir fait le plein hier soir avant de rentrer et vous maudissez le 3ème assistant réal qui vous a donné la voiture hier avec un grand sourire.
6h45 : vous faites le plein de votre véhicule (c’est la 5ème fois) et vous vous demandez quand la prod va vous faire une avance.
6h50 : vous êtes en route pour l’hôtel des comédiens. Le régisseur adjoint vous appelle pour savoir où vous êtes parce que le régisseur général l’a appelé pour savoir où vous étiez. Il vous engueule de ne pas avoir fait l’essence hier soir.
6h55 : vous êtes toujours sur la route, le régisseur général vous appelle pour savoir où vous êtes et vous engueule de ne pas avoir fait l’essence hier soir.
7h30 : vous arrivez pile à l’heure pour votre pick-up à l’hôtel. Au téléphone le régisseur général vous engueule parce que “un bon régisseur arrive au moins 10 min avant le pick-up”. Le 3ème assistant réal qui vient aussi chercher des comédiens vous regarde, regarde sa montre, vous regarde et sourit.
7h35 : vous appelez un comédien qui manque à l’appel dans sa chambre. Il répond qu’il arrive tout de suite alors que vous entendez clairement le froissement de sa couette tout près du téléphone.
7h38 : le 3ème assistant discute avec les comédiens de son transport (une leçon de léchage du cul en règle, prenez-en de la graine). Tout le monde monte en voiture, avant de partir le 3ème assistant baisse sa vitre et vous dit avec un immense sourire : “A toute”.
7h39 : les comédiens qui étaient à l’heure et attendent avec vous s’impatientent. le plus “connu” prend son portable et appelle la prod.
7h45 : le dernier comédien arrive la tête dans le cul, déconne avec ses amis acteurs. Vous dites “bonjour” et il répond “bon, on y va ?”. Tout le monde se marre mais vous, un peu moins.
8h : vous décidez de prendre un de vos raccourcis préférés. Le comédien le plus “connu” vous demande ce que vous faites, lui ne serait pas passé par là. Il vous fait la liste de tous les tournages qu’il a fait à Marseille.
8h20 : vous arrivez sur le décor 10 min avant l’heure prévue, fier de votre raccourci. Les comédiens vous disent merci (sauf le plus “connu”) et vont au HMC (habillage - maquillage - coiffure).
8h28 : vous dites bonjour, faites couler votre café. À côté de vous le 2ème assistant réal engueule au téléphone le 3ème qui n’est pas encore là. Vous souriez.
8h29 : vous portez votre café chaud à votre bouche et avant la première gorgée l’adjoint débarque et vous dit de retourner à l’hôtel, le comédien à la bourre a oublié son porte bonheur dans sa chambre et ne peut pas travailler sans lui. Vous vous cramez la langue en buvant votre café.
8h36 : vous partez après avoir changé de véhicule. Celui-ci a encore du gasoil, ouf.
8h39 : vous croisez le 2ème assistant réal sur la route. Il ne souriait pas, vous oui.
9h10 : vous arrivez à l’hôtel, l’adjoint vous a appelé déjà 2 fois pour savoir où vous en êtes. Vous n’avez pas la carte pour ouvrir la chambre du comédien et la réception refuse de vous ouvrir malgré la situation.
9h20 : après un échange de coups de fils régisseur général/prod/directeur de l’hôtel, le réceptionniste vous donne la clé de la chambre en souriant mais d’un air méprisant.
9h30 : le grigri du comédien en main vous repartez. L’adjoint vous appelle pour savoir si vous êtes partis. Vous dites que oui.
9h47 : vous vous faites flasher sur l’autoroute.
9h55 : l’adjoint vous appelle pour savoir où vous en êtes. Il vous dit qu’il n’y a rien de plus con que de se faire flasher.
10h18 : vous arrivez sur le décor. Vous allez sur le plateau pour donner son grigri au comédien. Le 3ème assistant réal vous dit qu’il va s’en charger. On vous appelle au talkie, vous n’avez pas d’oreillette. Dans un réflexe fulgurant vous baissez le son, trop tard… le 3ème vous engueule, les techniciens se tournent vers vous, on coupe la prise. Oups.
10h22 : l’assistant régie “au camion” vous demande de faire les sandwichs et vous donne les conseils des chefs : “on essayera de faire des sandwichs qui changent un peu”
10h24 : vous ouvrez le frigo et découvrez les ingrédients : pâté de foie, jambon cuit, saucisson, fromages en tranches et un fond de sachet de salade.
10h25 : vous attaquez vos sandwichs et l’adjoint déboule : “putain ça fait 1 heure que j’essaye de te joindre, t’as pas de talkie ou quoi ?”. Vous remontez le son de votre talkie.
10h32 : après avoir soigneusement noté le flot de choses à faire vous repartez en voiture. Au programme : des fournitures caméra, des piles, des ampoules, etc. Vous allez devoir faire le tour de Marseille.
11h : vous débarquez chez Casto pour acheter des ampoules. Après 10 bonnes minutes vous demandez à un vendeur où sont les ampoules que vous cherchez et vous apprenez que les ampoules à filament on n’en vend plus depuis un moment. Merde.
11h20 : vous sillonnez la zone commerciale depuis un moment à la recherche de ces putain d’ampoules à filament. Soudain vous réfléchissez, vous appelez quelqu’un qui sait. L’adjoint vous traite d’abruti pour ne pas avoir appelé avant et vous demande encore 2 ou 3 bricoles à acheter, notamment chez Casto. Vous raccrochez et optez pour un cri primaire, ça fait du bien.
12h38 : vous avez fait une bonne partie de vos courses et vous arrivez devant Transpalux (loueur de matériel lumière). C’est fermé. Vous appelez l’adjoint, il vous dit qu’il fallait faire les courses dans l’autre sens parce que Casto c’est ouvert entre midi et deux. Pas le temps de revenir sur le décor pour manger, du coup vous finissez au McDo.
13h : vous avez bouffé, vous réfléchissez un peu et vous parvenez à organiser les courses pour pas perdre trop de temps. Et c’est reparti.
14h30 : vous sortez de chez Mr Piles et vous maudissez votre ingé son qui semble ignorer l’existence des piles rechargeables, ainsi que les électros qui ne sont pas foutus d’utiliser des ampoules qu’on trouve facilement.
15h15 : vous arrivez fièrement sur le décor et distribuez vos courses. Les gens vous remercient et vous êtes heureux d’avoir accompli votre tâche.
15h20 : vous faites couler votre café et en profitez pour faire un coup de clean sur la table régie dégueulasse. Le régisseur “camion” arrive avec son carnet à la main, il détache plusieurs pages en vous regardant d’un air désolé (ou pas). Le camion est vide il faut faire les courses. Il insiste aussi sur quelques bricoles que vous ne trouverez que chez Casto. Une envie terrible monte mais qui ne peut pas être assouvie tout de suite.
15h25 : vous partez avec votre voiture. Cri primaire.
17h15 : vous êtes au supermarché, vous venez de passer 2 fois en caisse et vous faites les courses de produits frais. Vous avez déjà dépensé plus de 250€ et vous commencez à flipper pour le dernier passage en caisse. L’adjoint vous appelle en folie.
17h22 : l’adjoint résoud votre problème. Il vous gueule dessus au téléphone car vous êtes partis avec les clés de la voiture que vous aviez ce matin et le réal a émi l’idée de peut-être changer d’axe et le véhicule pourrait bien se retrouver dans le champ. vous abandonnez tout sur place et filez sur le décor.
17h45 : l’adjoint vous a appelé 2 fois pour savoir où vous étiez. Vous vous faites flasher.
17h50 : vous arrivez sur le décor. Vous donnez les clés de la voiture de ce matin à l’adjoint qui vous insulte, le régisseur “camion” vous engueule parce que vous avez pas fait toutes les courses. Vous voulez demander au général s’il sait quand vous aurez une avance mais il est tout le temps au téléphone alors vous demandez au directeur de prod qui vous envoie chier parce qu’il va y avoir au moins une heure supp ce soir. Vous souriez (cri primaire interne).
17h56 : l’adjoint arrive en courant, il faut aller de toute urgence chercher un truc hyper important chez Panavision pour le dernier plan de la journée.
17h56 : vous partez sur les chapeaux de roue. Vous vous arrêtez brusquement, vérifiez que vous n’êtes pas partis avec des clés. Non. Vous foncez.
18h15 : vous arrivez chez Panavision, l’adjoint est au téléphone pour savoir où vous êtes et le gars qui est resté exprès pour vous fait la gueule. Vous embarquez le flycase et vous repartez.
18h25 : vous vous faites flashes.
18h40 : vous arrivez sur le décor en sueur. L’adjoint arrive. Pas la peine de décharger le matériel la journée est terminée. Finalement la mise en scène a décidé de ne pas faire le dernier plan.
18h40 : vous vous enfermez dans votre voiture. Cri primaire.
18h41 : vous aidez les autres régisseurs à “casser” (c’est le terme employé pour dire “ranger” mais c’est vrai que parfois on a envie de casser tout ça sur la tronche de quelqu’un) la table régie et le HMC.
18h45 : vous prenez votre feuille de service de demain et partez avec une partie des comédiens pour les ramener à l’hôtel.
19h20 : vous arrivez à l’hôtel. Vous appelez l’adjoint pour lui dire que tout va bien (vous espérez qu’il vous dise que la journée est finie). Il vous demande de rester en stand-by pour le moment. Vous en profitez pour regarder votre feuille de service. Vous avez un pick-up à 7h à l’hôtel demain matin.
19h25 : l’adjoint vous rappelle et vous annonce votre dernière mission : aller chercher la co-productrice allemande à l’aéroport de Marignane à 20h15.
19h27 : longue expiration.
19h29 : vous appelez votre douce et tendre pour lui annoncer de la façon la plus charmante qui soit que vous ne serez pas là avant 21h au moins.
19h30 : vous n’avez plus de tympan.
19h35 : vous partez pour l’aéroport et au bout de 200 mètres vous passez en réserve. Après un bref calcul vous vous dites que vous avez largement de quoi faire votre dernier transport de la journée.
19h50 : vous arrivez à l’aéroport. Le vol est annoncé avec 35 minutes de retard.
21h : l’avion arrive et le mot désembarquement clignote sur le panneau lumineux. Vous découvrez l’existence de ce mot et vous vous surprenez à calculer combien ça pourrait faire au Scrabble. Aucune idée, vous ne jouez jamais au Scrabble.
21h30 : les gens arrivent et vous dressez votre pancarte sur laquelle est inscrite en gros “Kill Me” (c’est le titre du film). Les gens ne peuvent pas s’empêcher de faire des blagues en passant (quel que soit le titre du film inscrit sur le panneau il y aura toujours un petit malin pour faire une blague à qui vous voudrez faire bouffer votre pancarte). D’autres vous prennent pour un fou et s’écartent.
21h35 : la productrice arrive avec un moulon de bagages, elle ne parle qu’anglais.
21h50 : vous arrivez à l’hôtel. La productrice vous demande de lui acheter une bonne bouteille de Bordeaux, vous file 50€. Vous la laissez à l’ascenseur. Vous sortez dépité. Heureusement le portier sympa remarque votre désarroi et vous indique un endroit où vous pourrez trouver votre bonheur à une heure pareille.
22h20 : vous revenez à l’hôtel avec votre bouteille de Bordeaux. Vous la donnez à la réception, vous remerciez le portier et vous rentrez.
22h45 : vous vous arrêtez pour faire l’essence parce que vous avez bien retenu la leçon.
22h49 : vous appelez votre douce et tendre parce que votre carte bleue a été refusée.
23h45 : vous grignotez un truc en vitesse et vous préparez votre machine à café pour demain matin. C’est bien, le métier commence à rentrer.
0h00 : vous vous couchez sur la canapé…

  

 

 

 

 

 

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